Lorelei, Lorelei… Dans les gorges du Rhin romantique.

Dorabella sur le Rhin romantique

Dorabella sur le Rhin romantique

Aujourd’hui est le grand jour. L’étape tant attendue, le Rhin romantique par excellence, le défilé de la Lorelei qui retentit du chant de la nymphe, les gorges du fleuve gardées par les châteaux-forts comme autant de sentinelles surgies des siècles passés…

Un parcours sinueux aux rives escarpées gardées par de mystérieux châteaux-forts

Nous quittons le port de plaisance Rüdesheim au KM 525 pour Coblence au KM 591 où nous avons réservé une place à la Rhein-Marina Kaiser Wilhelm. Soit 66 kilomètres sur le papier et 3 heures et demie de navigation si le GPS affiche ses 11 nœuds habituels (dont environ 3,5 nœuds de courant favorable).

3 kilomètres après le départ, le chenal qui était dédoublé par une île à hauteur de Rüdesheim redevient unique à Bingen. La petite rivière Nahe fameuse pour ses vins se jette dans le Rhin un peu avant le célèbre Mäuseturm.

Le Rhin à hauteur de Bingen. A gauche on distingue la fine silhouette du célèbre Mäuseturm.

Le Rhin à hauteur de Bingen. A gauche on distingue la fine silhouette du célèbre Mäuseturm.

Selon la légende, la tour aurait été construite par l’archevêque de Mayence, Hatto II au Xe siècle. En ces temps de famine, cet homme sans pitié aurait refusé son aide aux pauvres alors que ses réserves étaient pleines de grains. Tandis que les pauvres continuaient de mendier, il les aurait enfermés dans une grange que ses sbires auraient incendiée. Au bruit des cris des mourants, il aurait déclaré: « Entendez vous couiner les souris là-dessous? »

C’est à ce moment que des milliers de rats seraient sortis de toutes parts. Leur nombre aurait fait fuir les domestiques de l’archevêque, lequel se serait enfui en barque, descendant le Rhin jusqu’à l’île en face de Bingen où il se serait cru en sécurité. Mais les rats auraient réussi à le suivre pour finir par le dévorer vivant.

Le Rhin entre dans un parcours aux berges escarpées couvertes de vignes et de châteaux

Le Rhin entre dans un parcours aux berges escarpées couvertes de vignes et de châteaux. Ici le château de Ehrenstein sur la rive droite, face à Bingen.

La fureur des rats et le châtiment qui s’en suivit se ressent encore aujourd’hui quand on passe là en bateau: les remous désordonnés et violents qui agitent l’eau du Rhin à cet endroit en témoignent. Le parcours devient sinueux et les rives de plus en plus escarpées. La largeur du fleuve se réduit, augmentant du même coup la vitesse du courant (ceux qui n’ont pas été trop près du radiateur pendant les cours de physique savent qu’il s’agit de l’effet de Venturi).

Notre ami Bob est à la barre. Cela me permet d’ouvrir l’œil (et le bon) sur le traffic soutenu des barges et des convois de commerces tout en appréciant un paysage fabuleux.

Barge de commerce… D'impressionnant convois circulent sur le Rhin romantique…

Barge de commerce… D’impressionnant convois circulent sur le Rhin romantique…

Une heure environ après le départ, au KM 546 nous passons le château de Pfalzgrafenstein sur l’île de Falkenau près de Kaub. Le château tout comme le site sont spectaculaires. Le donjon, en forme de tour pentagonale (Par contre, le rempart est hexagonal), a été érigé en 1327 par le roi de Bavière.

Château de Pfalzgrafenstein près de Kaub.

Le château de Pfalzgrafenstein près de Kaub. A l’arrière plan, le château-fort de Gutenfels.
Le château de Pfalzgrafenstein avait la fonction de poste de péage, car il était utilisé de concert avec le château Gutenfels et la ville fortifiée de Kaub, sur la rive droite du fleuve. Une chaîne à travers le fleuve contraignait les navires à se présenter, et les commerçants récalcitrants pouvaient être emprisonnés dans le cachot, jusqu’à ce qu’une rançon soit versée.

Heureusement, au moment où nous arrivons, la chaîne n’est pas tendue et nous avons pu échapper au cachot 🙂

Le Rhin près de Kaub avec les châteaux de Pfalzgrafenstein (sur une île, au milieu du fleuve) et de Gutenfels.

Le Rhin près de Kaub avec les châteaux de Pfalzgrafenstein (sur une île, au milieu du fleuve) et de Gutenfels.

Il faut aussi regarder derrière soi !

Il faut aussi regarder derrière soi !

Paquebot romantique sur le Rhin romantique…

Paquebot romantique sur le Rhin romantique… Passage tribord sur tribord.

La Lorelei entre fascination et appréhension…

Dorabella à l'approche du défilé de la Lorelei.

Dorabella à l’approche du défilé et du rocher de la Lorelei.

«Les sommets sont couleur de miel aux rayons du soleil couchant. Là-haut assise est la plus belle des jeunes filles, une merveille… Et l’étrange chant qu’elle chante est une mélodie puissante. Le batelier sur son esquif est saisi de vives douleurs, il ne regarde pas le récif…» L’avertissement lancé par le poète Heinrich Heine il y a près de 200 ans (1824) résonne toujours entre les falaises. Certes, à l’époque, la navigation sur le Rhin était à ses balbutiements. La première liaison commerciale en bateau à vapeur entre Mayence et Cologne n’a été instituée qu’en 1827. Le bateau s’appelait le Concordia. Le 11 septembre de la même année, le Concordia se cogna aux rochers du Binger Loch. Dès lors, on décida de faire exploser les rochers en question pour élargir le chenal à 60 mètres, soit près de 10 fois plus qu’avant ! Du même coup, le courant a été considérablement réduit.

Convoi montant à l'assaut de la Lorelei, à hauteur de St-Goar.

Convoi montant à l’assaut de la Lorelei, à hauteur de St-Goar.

Le défilé de la Lorelei nous attend au KM 554, surplombé par une haute roche. Là, le fleuve se réduit fortement en même temps qu’il se faufile presque à angle droit entre les falaises. Les grands convois ne peuvent pas s’y croiser. Mais seuls les montants peuvent attendre à hauteur de St Goar en équilibrant leur vitesse avec celle du courant. Le passage est surveillé par radar. De notre côté, nous étions bien intégrés dans le traffic commercial, avec suffisamment de distance entre les bateaux. Aucun problème donc.

St. Goarshausen et Burg Katz. Nous avons passé la Lorelei en résistant au chant de la sirène!

St. Goarshausen et Burg Katz. Nous avons passé la Lorelei en résistant au chant de la sirène!

Au cours des deux dernières heures de navigation, ce fut une succession de paysages superbes et de châteaux. Dommage que le ciel se soit couvert. Bonjour Coblence. Nous avons une belle étape et un beau souvenir au fond des yeux…

L'amiral Happy est fatigué mais content.

Que d’émotions ! L’amiral Happy est fatigué mais content: tout s’est bien passé.

En route pour le Rhin romantique…

Nous quittons le Eicher See à regrets. C’est promis, il faudra y revenir et prendre un peu de temps pour explorer le lac avec l’annexe, histoire de goûter un peu mieux à ce petit paradis secret. Encore une fois, on ne rencontre quasiment pas de pavillon français par ici alors que l’Alsace est à moins de 200 kilomètres de navigation. Quel dommage ! Ceux qui ne rêvent que de mettre le cap au sud ne savent pas ce qu’ils ratent !

Porte-conteneurs Empire

En sortant du Eicher See nous laissons passer devant nous (euh, pouvait-on se permettre de griller la priorité à ce monstre de 190 mètres ?) un énorme porte conteneurs néerlandais. L’Empire, c’est son nom, est basé à Dordrecht près de Rotterdam. C’est un bateau de 110 mètres qui pousse une barge de 80 mètres. Il sera notre poisson pilote pendant toute la journée.

Les eaux du lac sont un miroir sur lequel nous glissons vers le fleuve. Les équipiers sont postés à la proue pour guetter le trafic sur le fleuve. Nous voici donc de retour sur le Rhin, le plus long fleuve se déversant dans la mer du Nord et l’une des voies navigables les plus fréquentées du monde. Aujourd’hui nous commençons au KM 466. La destination est au KM 425, en rive droite. Nous avons réservé par téléphone une place au port de plaisance de Rüdesheim. En sortant du Eicher See nous laissons passer devant nous (euh, pouvait-on se permettre de griller la priorité à ce monstre de 190 mètres ?) un énorme porte conteneurs néerlandais. Cela évoque des souvenirs de nos navigations aux Pays-Bas au printemps 2013. L’Empire, c’est son nom, est basé à Dordrecht près de Rotterdam. C’est un bateau de 110 mètres qui pousse une barge de 80 mètres. Il sera notre poisson pilote pendant toute la journée. Nous ne le quitterons que pour prendre le chenal menant à Rüdesheim.

En passant par Mayence (Mainz)…

chateau de Biebrich à Wiesbaden

Le château de Biebrich (en allemand: Schloss Biebrich) est une résidence baroque dans le quartier de Biebrich à Wiesbaden, sur la rive droite du Rhin, en face de Mayence.

Une petite heure après le départ, à hauteur de Nierstein, les grands vignobles du Rhin changent le paysage. Le soleil risque une apparition timide. Les vignes formeront notre décor jusqu’à la fin de la journée, avec une petite interruption pour la traversée de l’agglomération de Mayence (Mainz).

port industriel de Mayence

Le port industriel de Mayence. Ici le transport fluvial a toute son importance.

La traversée de Mayence donne l’impression d’une ville opulente. Située sur la rive gauche du Rhin, Mayence est la première ville d’Allemagne pour le commerce du vin. Juste en face se situe l’embouchure du Main qui mène à Francfort.

Mayence

Mayence, sur la rive gauche du Rhin, au KM 500. Nous suivons toujours l’Empire qui nous ouvre la route.

C’est du Main que nous voyons surgir un bateau de passagers qui fonce à toute vapeur en zigzaguant entre les bateaux de frêt et les plaisanciers qui se trouvent sur son chemin. C’est un bateau bus qui dessert de nombreuses haltes. Il y a intérêt à deviner où il va s’arrêter pour repartir de plus belle à l’assaut du fleuve. Un cow-boy, un faux-zorro je vous dis, le roi de la queue de poisson !

Bateau-bus sur le Rhin aux environs de Mayence

Bateau-bus sur le Rhin aux environs de Mayence. Gare au comportement sans foi ni loi de ces navires. Le fleuve est à eux !

… et les vignobles, sur la route de Rüdesheim

Mayence-Hesse-rhénane fait partie du Réseau des Capitales de Grands Vignobles « Great Wine Capitals » avec les autres huit villes membres du réseau : Bilbao-Rioja, Bordeaux-Vignoble de Bordeaux, Le Cap, Florence-Toscane, Melbourne, Mendoza-Vignoble de Mendoza, Porto et San Francisco-Napa Valley. Le gratin quoi… Au fil des kilomètres le long du fleuve, on comprend pourquoi. La dernière heure de navigation de cette journée offre un beau spectacle. Partout des vignobles soignés et de riches demeures…

Lorsque nous arrivons, le port de plaisance de Rüdesheim est encombré de bateaux de dimensions respectables. Au bout du chenal, le capitaine, du haut de la péniche du club, nous fait signe d’approcher mais je n’ai pas trop envie de jouer des pare-battages pour aller me faufiler dans ce qui peut devenir un traquenard si le vent est violent quand il faudra repartir. Au passage, des plaisanciers nous font signe et nous montrent un emplacement libre avec suffisamment de place pour manœuvrer. C’est vendu, on y va ! Tant pis pour l’amiral Happy qui devra marcher un peu plus pour se rendre à terre…

Le port de plaisance de RüdesheimLe port de plaisance de Rüdesheim

Le port de plaisance de Rüdesheim

Rüdesheim, escale obligée des paquebots de croisière…

Rüdesheim am Rhein

Une belle soirée s’annonce. Nous décidons de marcher à travers les vergers pour rejoindre le village de Rüdesheim. Un joli chemin, une piste cyclable en fait, y mène. Il faut marcher un kilomètre et demi pour atteindre le cœur du village, là où sont amarrés tous les paquebots-hôtels. Toute croisière sur le Rhin romantique fait escale à Rüdesheim ! Et quand il n’y a plus de ponton libre, les paquebots se mettent à couple. C’est dire qu’il y a du monde !

Rüdesheim, escale obligée de tous les paquebots fluviaux

Rüdesheim, escale obligée de tous les paquebots fluviaux

En nous faufilant à travers une foule bigarrée nous nous dirigeons vers la Drosselgasse qui nous a été vantée comme la plus célèbre rue viticole du monde. Bon, pour être franc, étant habitués aux rues historiques des villages alsaciens comme Riquewihr ou Ribeaullé, nous n’avons pas été impressionnés, mais vraiment pas. L’endroit est charmant, entièrement consacré à la consommation du vin par tavernes interposées (je n’ose pas utiliser le terme « dégustation »), mais d’un point de vue architectural, il y a beaucoup mieux en Allemagne. Tout est organisé pour le tourisme de masse généré par les paquebots. Business is business. D’autres pourraient en faire autant en France, à condition d’avoir l’esprit d’entreprise qui va avec.

En fait, l’intérêt de Rüdesheim est ailleurs: un télésiège (il y en a beaucoup en Allemagne) permet de se rendre au sommet des vignobles pour admirer le Rhin dans son écrin doré. Ensuite, on redescend par un autre télésiège vers un village voisin, on traverse le Rhin pour visiter la ville de Bingen avant de revenir par le ferry à passagers à Rüdesheim. Une belle journée de balade… Et surtout, Rüdesheim est la porte d’entrée du mystérieux et redouté Rhin romantique et de ses gorges défendues par la Lorelei. A suivre…